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Vente22 mai 2026 · 4 min

DPE : pourquoi la nouvelle charte des diagnostiqueurs change la donne pour les vendeurs

Le ministre du Logement lance une charte de déontologie pour les diagnostiqueurs immobiliers. Derrière l'annonce, une question concrète : peut-on enfin faire confiance à son DPE avant de vendre ?

La Rédaction

Rédaction Immobilier Closer

DPE : pourquoi la nouvelle charte des diagnostiqueurs change la donne pour les vendeurs

Votre DPE classe votre appartement en F. Votre voisin, bien similaire, ressort en D. Même rue, même époque de construction, diagnostiqueurs différents. Ce genre d'écart n'est pas une légende urbaine — c'est l'une des critiques les plus documentées contre le diagnostic de performance énergétique depuis sa réforme de 2021. Le 21 mai 2026, le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a répondu à cette défiance en lançant une charte professionnelle pour les diagnostiqueurs immobiliers.

Ce que contient concrètement cette charte

Le texte porte sur trois axes : des règles de déontologie, des exigences de formation renforcées, et une meilleure représentation organisée de la profession. L'objectif affiché est de restaurer la confiance dans un métier qui, depuis plusieurs années, concentre les polémiques — soupçons de fraude, résultats jugés incohérents d'un professionnel à l'autre, pression commerciale de certains mandants.

Jeanbrun a lui-même demandé qu'on « arrête le diagnostiqueur-bashing », signalant que la profession dans son ensemble ne mérite pas d'être réduite à ses brebis galeuses. Le message est double : responsabiliser les praticiens défaillants, sans fragiliser davantage ceux qui travaillent sérieusement.

Cette charte n'est pas une loi. Elle ne crée pas de sanction automatique. Mais elle pose un cadre de référence que les organisations professionnelles s'engagent à faire respecter — ce qui, dans un secteur peu régulé jusqu'ici, représente un premier pas tangible.

Pourquoi le DPE est devenu un enjeu aussi central

Depuis la réforme de 2021, le DPE est devenu opposable juridiquement. Il conditionne la possibilité de louer un bien (les passoires thermiques F et G sont progressivement exclues du marché locatif), influence directement la négociation lors d'une vente, et oriente les décisions de rénovation. Un document aussi structurant ne peut pas reposer sur des bases aussi fragiles.

Le problème de fond : la méthode de calcul du DPE, bien que standardisée, laisse une marge d'interprétation suffisante pour que deux diagnostiqueurs arrivent à des résultats différents sur un même bien. À cela s'ajoutent des pratiques commerciales discutables — certains propriétaires n'hésitant pas à « chercher » le diagnostiqueur qui leur donnera la meilleure note.

Ce que ça change si vous vendez aujourd'hui

Concrètement, la charte ne modifie pas la méthode de calcul du DPE, ni les seuils de classification. Votre étiquette énergétique reste ce qu'elle est. Mais plusieurs effets indirects méritent attention.

Premier point : la pression sur les diagnostiqueurs peu scrupuleux devrait s'accentuer. Si la profession se dote de mécanismes de contrôle interne sérieux, les écarts de notation injustifiés devraient se réduire — ce qui rend le marché plus lisible pour tout le monde, acheteurs comme vendeurs.

Deuxième point : en cas de litige post-vente lié à un DPE erroné, l'existence d'une charte de déontologie renforcera la base sur laquelle un acheteur lésé peut engager la responsabilité du diagnostiqueur. Le DPE étant opposable, l'enjeu juridique est réel.

Troisième point, plus immédiat : si vous envisagez de vendre un bien classé E, F ou G, ne misez pas sur un diagnostiqueur complaisant pour « améliorer » votre note. La tolérance du secteur pour ces pratiques est en train de se réduire, et un DPE contesté peut bloquer ou retarder une transaction.

Ce qu'il manque encore pour que la réforme soit complète

Une charte, aussi bien rédigée soit-elle, ne remplace pas une réforme structurelle de la méthode de calcul. Plusieurs experts et associations de consommateurs réclament depuis des années une révision des paramètres qui génèrent les écarts les plus flagrants — notamment le traitement des ponts thermiques et la prise en compte des équipements de chauffage anciens.

La question de l'indépendance du diagnostiqueur vis-à-vis du vendeur reste également posée. Tant que c'est le vendeur qui choisit et rémunère directement son diagnostiqueur, le risque de conflit d'intérêts structurel demeure. Certains pays européens ont opté pour des systèmes de désignation aléatoire ou par tirage parmi des prestataires agréés — une piste que la France n'a pas encore sérieusement explorée.

En attendant une réforme plus profonde, la charte lancée par Jeanbrun constitue un signal utile. Elle ne résout pas tout, mais elle acte que le statu quo n'est plus tenable.


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